Comment les Romands votent-ils en matière de santé ?

Les Romands sont plus étatistes que les Alémaniques, plus portés, eux, vers la responsabilité individuelle. Cela n’est pas complètement faux, mais trop simpliste, comme en témoignent de surprenantes ruptures.

On croit connaître les Romands. Lorsque l’on vote sur des objets de politique sociale, le dimanche soir les retrouve régulièrement dans le rôle des perdants. Contrairement aux Suisses alémaniques, généralement peu favorables aux interventions de l’État, les Romands passent pour étatistes. En voici un exemple récent : Si, ces dernières années, il n’en avait tenu qu’aux Romands, la Suisse aurait aujourd’hui une caisse-maladie unique. Lors de chaque votation la Suisse romande s’est prononcée pour la caisse unique, alors que les cantons alémaniques repoussaient l’initiative.

Le Röstigraben à l’envers

Cette image des Romands ne jurant que par l’État est-elle la bonne ? Politologue et géographe, Michael Hermann a approfondi le sujet dans son livre « Was die Schweiz zusammenhält ». Jusqu’aux années 1970, les sujets de votation ayant trait à la politique sociale recueillaient davantage de « oui » en Suisse alémanique qu’en Suisse romande. « Ce sont les Suisses alémaniques qui, bien que partisans de la responsabilité individuelle, ont fait avancer la construction de l’État-providence, que les Romands, soi-disant étatistes, ont refusée plusieurs décennies durant. » Un Röstigraben à l’envers, comme l’explique Michael Hermann.

Nombreuses sont cependant depuis quelques années les votations montrant que les Romands ont à l’égard de l’État des attentes plus fortes que les Alémaniques. Revenons à l’exemple de la caisse unique : en 2014, le canton de Vaud a accepté l’initiative nationale pour une caisse-maladie unique à 56% des voix, celui de Genève, tout aussi nettement, à 57% des suffrages. La Suisse alémanique l’ayant majoritairement refusée, une partie de la gauche chercha logiquement à faire triompher ses objectifs sociaux au niveau cantonal. Et, oh ! surprise, pour être plusieurs fois cueillie à froid. Ces deux dernières années ont vu votantes et votants refuser avec une netteté surprenante plusieurs sujets qui leur étaient soumis par la gauche. Par exemple, l’assurance dentaire obligatoire, rejetée en 2018 par le canton de Vaud et en 2019 par celui de Genève, lequel allait encore refuser en mars, à 55% de « non », la caisse-maladie cantonale qui lui était proposée.

Votations cantonales et nationales

Se pourrait-il que les Romands votent différemment selon que le scrutin est national ou cantonal ? Politique+Patient a posé la question à Pascal Sciarini, professeur de sciences politiques à l’Université de Genève, qui ne croit pas que tel soit le cas des Genevois et des Vaudois. Selon lui, les votants de ces deux cantons continuent en règle générale à être plutôt favorables aux interventions de l’État. Ce qui, toujours selon lui, a pu faire peur lors de ces scrutins purement cantonaux est la question des coûts. Les votants étaient dans le doute quant à la capacité des cantons à financer à eux seuls de tels projets de politique de santé. Lorsqu’il s’agit de projets nationaux, les coûts sont les mêmes pour tous les cantons, et il arrive même que la Confédération en prenne une partie à sa charge. Des caisses-maladie et des assurances dentaires cantonales, en revanche, auraient peut-être représenté pour les populations cantonales une charge excessive et pénalisé par contrecoup le commerce local. « On craignait qu’il était trop risqué et trop coûteux de s’aventurer dans de tels projets à un niveau purement cantonal », estime Pascal Sciarini.

Légende

La population vaudoise a rejeté l'idée d'une assurance dentaire obligatoire dans les urnes.

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